ANGE
Sculpteur né en 1977, passionné d’archéologie, de préhistoire et de vie sauvage.
C’est par un profond retour aux sources, en visitant les grottes ornées de France et d’Espagne que j’ai réalisé une chose étonnante et commune à toutes les cultures du paléolithique supérieur en Europe : depuis la nuit des temps les premiers artistes ont toujours eu à coeur d’utiliser les formes naturelles évocatrices en ne rajoutant avec dextérité que les quelques traits manquants pour rendre figuratif l’animal qu’une forme leur suggérait, faisant ainsi surgir de la paroi une sorte d’émergence naturelle. C’est sans aucun doute une des premières manifestation artistique et l’on nomme ce phénomène d’identification la Paréidolie.
Il s'agit d'une tendance naturelle à donner du sens à des choses abstraites en les identifiant à des choses concrètes, comme par exemple voir un visage dans les nuages. En comprenant que l'identification se fait par ressemblance à des formes familières répertoriées en mémoire et que notre interprétation se fait par projection nous mène à prendre conscience que notre perception est une (re)construction permanente, oscillant entre mémoire et imagination. Ce fut une sorte de révélation tant j’avais très tôt été inspiré par le courant surréaliste, notamment par Salvador Dali qui explora cette démarche avec l’exubérance qu’on lui connaît et en s’exprima à ce sujet en ces termes : « Bien avant Aristophane, en effet, l'homme des cavernes, dont les dessins d'animaux, pleins de magie, ne faisaient que suivre sur les parois de la grotte, certains reliefs dans lesquels il voyait les formes qui l'obsédaient, obéissait au même principe paranoïaque: l'illusion systématique d'interprétation. Et bien avant l'homme des cavernes, avant même que l'homme ne soit apparu à la surface de la terre, le même principe régnait dans la nature, prenant la forme du plus mystérieux et du moins connu de tous les phénomènes, le mimétisme. Au commencement ... était le camouflage, l'invisible! »
Partant de cette idée qu’il était de la nature de l’évidence qu’elle passe inaperçue, j’ai repris à ma façon cette approche ancestrale à travers l’utilisation du bois ; souches et racines érodées par les éléments offrent parfois d’étonnantes et singulières formes propices à la suggestion. Dans cette démarche, il s’agit avant tout d’un long travail de recherche et d’observation, puis d’imagination pour savoir ce qu’une forme peut avoir à raconter ; mais une fois à l’atelier c’est surtout un travail d’adaptationpermanent et toujours nouveau vis-à-vis d’une forme naturelle unique où je ne décide jamais quel animal ou personnage je vais réaliser, mais de terminer ce que la nature a déjà commencé à créer. Ainsi chaque oeuvre est unique et possède une personnalité naturelle que le travail de sculpture ne fait que révéler. À mes yeux une oeuvre réussie est une oeuvre où j’ai réussi à m’effacer, où l’on ne sais plus très bien où s’arrête la création de la nature et ma propre intervention, et c’est à travers cette frontière indéfinissable que se retrouve l’émotion que je recherche à transmettre, à savoir relier Nature et Culture telle une émergence naturelle, une « présence » vivante et intemporelle.
- Participations:
2026 - Invité d'honneur:
2026
78780 MAURECOURT